Durant mon travail d’analyse, com­mencé à l’âge de 49 ans, j’ai perçu que le chant et la musique avaient été mon seul moyen d’expression durant l’enfance et l’adolescence. J’ai commen­cé très tard mes études de musique et suis devenue professeur de musique en milieu scolaire. Après un rêve prémo­nitoire, j’ai commencé à enseigner la guitare, puis exercé la musicothérapie en prison, à Fleury-Mérogis, puis à Fresnes. J’y suis restée vingt-trois ans. C’est cette longue expérience que je voudrais partager.
 

La pratique musicale


La question que l’on peut se poser est la suivante : en quoi faire de la musique est-il thérapeutique ? Suffit-il de pren­dre une guitare ? Je constate que, chez beaucoup de jeunes, la musique est consommée dans une ambiance très fusionnelle, provoquant des sensations plus ou moins confuses. Le malade toxi­comane, en particulier, vit souvent la musique comme un bain dans lequel il s’enfonce et où il se sent bien. Les acqui­sitions, sous forme d’exercices, mettent l’accent sur le renforcement du moi, le rapport à la réalité, la maîtrise et le dé­veloppement social. Ces limites donnent des sécurités, balisant des repères. Dans le domaine du sonore, ceci est très im­portant, car lorsque nous proposons une situation d’improvisation à des non-mu­siciens, nous les confrontons d’emblée à cette zone obscure, non maîtrisée, de leur fonctionnement sonore.
En proposant un atelier musique à ces personnes en marge de la société, on doit tenir compte de ces difficultés. Voici quelques éléments de réflexion auxquels il faut être attentif :
Jouer de la musique. Il est bon de s’arrêter au sens de ce jeu. C’est en jouant que s’organisent le chaos et le non-sens, et que se construit la per­sonnalité. Beaucoup n’ont jamais eu l’occasion de jouer dans leur enfance. C’est donc un manque fondamental.
La prise en compte du plaisir. Surtout avec les malades toxicomanes, il sera question de réintroduire le principe de réalité qui fait défaut et de retrouver le plaisir autrement. Très vite, on en voit « s’accrocher » à leur guitare, jouer jusqu’à épuisement : « Je parle peu, mais quand je me retrouve avec ma guitare, comme je suis privé d’affection, de femme, j’ai un peu l’impression que c’est ma copine. Je la bichonne. Je me sens bien. La guitare devient une boîte à angoisses, un réceptacle. Quand je la frappe, elles s’évadent. »
Le développement de l’imaginaire. La création artistique permet une produc­tion dans un mouvement centrifuge de don, de partage et de communication, surtout si les textes viennent d’eux-mê­mes. Il s’agit de retrouver la spontanéité de l’enfant.
La musique redonne le goût de la relation dans une communication. Elle permet de passer de la séduction à la relation et de la fusion à l’échange en acceptant le conflit et l’agressivité. Il s’agit de réapprendre ou de découvrir la différence comme une richess...
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