Au moment de commencer cet artide, le titre que j'ai moi-même proposé me semble piégé. On pourrait s'attendre à une reconstruction du processus éthique et spirituel vécu par Ignace, mais sa discrétion sur lui-même condamne une telle entreprise. Comme l'a noté son secrétaire Polanco : « Ignace n'était pas très communicatif pour ce qui le concernait. » On pourrait aussi s'attendre à la présentation de sa « doctrine ou théorie éthique », mais elle est inexistante. N'en conduons pas pour autant qu'il n'y a aucun moyen d'approcher l'éthique d'Ignace. Les textes ignatiens s'inscrivent sur deux registres : d'un côté, des rédts de ce qu'il a vécu (l'Autobiographie et le Journal spirituel), et, de l'autre, des propositions pratiques (les Exercices et les Constitutions). C'est par là que l'homme Ignace vit devant nous, avec ses expériences, ses contrastes, sa fermeté et sa tendresse, sa rigueur et son goût pour les grandes choses, et, pour l'essentiel, sa passion d'être utile aux autres, de « servir ». La question du « que faire ? » est si présente que là où l'on s'attendrait à des substantifs, dans les Exercices surtout, se présentent des infinitifs : « demander », « louer », « changer », « se déterminer »...
Pour remplir la tâche assignée par le titre, on suivra, chez celui qui s'est perçu comme un pèlerin, le passage du corps habité par un désir inscrit dans les institutions et les récits médiévaux à un autre désir qui se sent autorisé à suivre la trace de l'Autre dans son propre corps.
 

RÉFÉRENCES HISTORIQUES DE LA « FIDÉLITÉ »


Parler de la « fidélité » chez Ignace, c'est renvoyer à une dimension d'une singulière importance. Il la pratiquait scrupuleusement avec ses compagnons et l'exigeait de toute la Compagnie envers l'Eglise ; dans les Constitutions, il y insiste pour normaliser les différentes charges de responsabilité au sein du corps.
 

L'esprit de la féodalité


Dans le contraste que suggère notre titre entre « fidélité » et « liberté », on tiendra compte du fait que le premier mot renvoie, chez Inigo, à la manière de penser et de vivre l'éthique dans le contexte culturel qui fut le sien. D'après le dirtionnaire, la fidélité désigne « la solidarité avec d'autres ou une communauté d'individus, qui, par elle-même, contient le critère pour juger de la valeur des actions et des causes défendues ». La « fidélité » était ce qui normalisait le monde féodal dans lequel Ignace naquit en 1491. Fort dévot, ce monde était fort peu éthique. Jaloux de leur autonomie, les individus pouvaient aussi se montrer pieux. Ils s'abandonnaient généreusement aux gestes et sacrifices que leur dictaient tant l'Eglise — espace de la vérité absolue — que leur intimité subjective. Aussi bien pouvaient-ils manquer totalement d'éthique comprise comme réalisation du « bien lui-même » dans les institutions et les affaires. Dans ces es...
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