Comme service-ville chez les Scouts de France au début des années 2000 dans le programme « Plein Vent » [1], j’ai rencontré pas mal de jeunes en difficulté dans des centres sociaux et des camps. Leur passion pour le sport était assez incroyable. L’attachement pour leur entraîneur rendait jalouses leurs familles. On imaginerait sans problème leurs résultats scolaires s’ils avaient montré en classe la même motivation qu’aux entraînements. Lors de cette courte expérience, j’ai été amené à côtoyer des éducateurs sportifs qui m’ont touché par leur dévouement et leur connaissance des jeunes. Ils m’ont aidé à découvrir les enjeux de l’activité sportive pour des jeunes souvent en manque de rêves et d’estime de soi. Aujourd’hui, une partie de ma mission se déroule à Saint-Denis (93), au nord de Paris, et il m’arrive de parler avec des jeunes de la place du sport dans leur vie. Je voudrais partager ici certains éléments de mes échanges avec les uns et les autres.
 

École de vie


Beaucoup de gens disent aimer le sport. Mais ce n’est pas la même chose de regarder le sport à la télé, de le pratiquer de temps en temps ou d’être membre d’un club. Les jeunes que je côtoie font souvent partie de la dernière catégorie. Leur semaine est organisée autour des entraînements et les compétitions ont parfois la priorité sur un événement familial ou le parcours vers la confirmation. Pour eux, le sport est un lieu pour se faire plaisir et pour oublier les tensions du quotidien, de l’adolescence et du quartier. « Au sport, on se sent vraiment vivant dans son corps, on apprend des choses et on sent qu’on fait partie d’une tribu, qu’on est accepté tel que l’on est. » Ainsi le sport, individuel ou collectif, s’apparente pour eux à une école de vie qu’il est possible de décrypter en distinguant quatre plans: rites, connaissance de soi, valeurs et visée d’un idéal.
Sur le plan des rites, le sport permet de se socialiser en créant un fort sentiment d’appartenance (parfois grâce à des chants et à une initiation) et en mettant en place des codes collectifs importants (ponctualité, respect de l’adversaire et des décisions de l’adulte). Le deuxième plan concerne la connaissance de soi. Grâce au sport, le jeune est capable de repérer ses objectifs, son énergie, ses limites et son talent. En bon accompagnateur, l’éducateur l’aide en lui offrant des mots (notamment sur la technique et le fonctionnement du corps), en dédramatisant, en encourageant et en témoignant de ce qu’il a lui-même reçu d’un autre. Le troisième plan est la dimension pédagogique du travail éducatif à travers les valeurs transmises : l’engagement dans la durée, le sens de l’effort et de la responsabilité, la recherche honnête de la réussite, la traversée de l’échec, la vie avec les autres (même dans un spor...

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