Carmen Herrando

Infirmière ambulancière de nuit jusqu’en 2010, elle est actuellement professeur de philosophie à l’Université San Jorge à Saragosse.
Spécialiste des philosophes Simone Weil, Emmanuel Mounier et José Luis Aranguren, elle a aussi publié des ouvrages sur sainte Thérèse d’Avila et Blaise Pascal.

 
Le portable sonne. Ah, le terrible son du portable ! Il dérange, et pourtant nous sommes là pour partir aussitôt qu’il se fait entendre, car c’est bien nous qu’il appelle : il nous réclame en toute hâte… Et ce n’est qu’à l’instant où l’ambulance se met en route que nous nous demandons, tout inquiets, ce que nous allons trouver, une fois arrivés à l’endroit où porter secours. Que découvrira notre équipe d’urgence ambulancière composée de quatre membres : un médecin, un infirmier, un chauffeur-technicien de la santé et une aide-soignante ? C’est la voix du médecin qui précise alors s’il s’agit d’un accident de la route, de l’infarctus d’un jeune ou d’un moins jeune, d’un bébé (le mot le plus terrible, le plus redouté)… Dans ce cadre, il faut s’attendre à tout.

 L’accident au milieu de la nuit

Pour un accident de la route au milieu de la nuit, nous devons attendre que les sapeurs-pompiers viennent démanteler les voitures ou les camions pour que nous puissions en sortir les blessés dans les meilleures conditions… On se croit parfois en enfer, tant la situation semble sortir d’un autre monde : si habitué qu’on y soit, les gyrophares de la police conservent toujours leur étrangeté, comme les sirènes de notre propre ambulance, et combien plus encore les voitures, tellement démolies qu’elles en sont réduites à un tas de ferraille, projetées parfois loin du lieu de la collision, littéralement envolées… Parmi les accidentés, il en est qui crient, d’autres qui ne disent rien, d’autres encore qui ont perdu connaissance. Parfois, ce sont les témoins qui lancent alentour des cris désespérés, se demandant s’ils ne sont pas en train de rêver… Il faut supporter tout cela sans perdre son calme ; il faut même avoir beaucoup de sang-froid pour bien gérer la situation, et ne surtout pas la subir.
L’intervention de l’équipe sanitaire peut aussi bien se dérouler au milieu de la rue, pour traiter une personne en état de choc, victime d’une syncope, voire d’un accident cérébral… Il peut s’agir aussi d’accidentés du travail : des ouvriers aux membres coupés ou arrachés lors d’accidents agricoles, des grands brûlés suite à des accidents industriels… Il nous arrive encore d’être appelés pour des urgences psychiatriques, pour calmer quelqu’un tombé dans un dangereux état de délire ou d’agressivité (auquel cas, nous nous faisons accompagner de membres des forces de l’ordre). Nous voyons aussi des personnes qui retournent leur agressivité contre elles...
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