La confrontation du monde des malades ou des personnes en situa­tion de handicap m’a beaucoup interrogée sur ma perception de la présence de Dieu dans ces lieux de l’« en bas ». Comment, dans les lieux de souffrance, le souffle de l’Évangile s’invite-t-il pour qui veut le reconnaître ? Pourtant, si je prends le temps de relire mon expérience de médecin puis de malade, et de contempler le monde des souffrants, je peux reconnaître la Parole de Dieu qui prend chair, doucement, hum­blement, silencieusement.
Je vous invite avec moi à cette relecture.
 

Par le regard de l’imagination


Je peux, par le regard de mon imagination, faire mémoire des lieux connus, des lieux où j’ai travaillé, où je suis allé rendre visite à un proche, des lieux vus à la télévision…

La route, l’accident. Les pompiers, puis le Samu, arrivent.
Une salle d’attente. Tous ont rendez-vous avec un professeur de renom. Ils espèrent la proposition d’un acte chirurgical salvateur.
La grande esplanade. Des centaines de pèlerins. Des dizaines d’enfants avec de lourds handicaps. Des parents derrière la pous­sette. Ils attendent.
Le centre de rééducation. Des jeunes en fauteuil électrique. Un plongeon en eau peu profonde les a paralysés à vie.
La salle du dispensaire. Des corps défigurés s’y présentent. Les extrémités des membres rongés et déformés par la lèpre qui dévore leur chair.
La réanimation. Chaque malade dans un box. De multiples machines sans lesquelles la vie prendrait fin.
Un château rénové, portes closes. Une inscription à l’entrée : Belle demeure. Des « vieux » qui s’y perdent et interrogent sans fin sur le pourquoi de la porte fermée.
Une chambre, les volets entrouverts. Sur le lit, la femme, jeune, agonise. Elle est seule.
L’hôpital dans la brousse. Les malades, allongés sur les paillasses. Une perfusion réhydrate l’enfant, la fièvre baisse un peu, sa famille est autour de lui.
 
Je vois les personnages :
Couchés, debout, en fauteuil, assis.
Jeunes ou vieux, enfants ou nouveaux-nés.
Hommes et femmes.
Seuls, tellement seuls.
En famille, à deux…
 
J’écoute ce qu’ils disent :
Le cri déchire la violence de la mort de celui qu’elle a aimé.
Seules des larmes, et le silence.
Les mots de la compassion.
Ils se donnent du courage.
Le médecin annonce le diagnostic. Les mots sont choisis, mais font toujours trop mal.

Je vois ce qu’ils font :
Coup de fil, on l’a retrouvé inanimé, une boîte vide à côté de lui. C’est son fils.
Elle s’effondre. Le résultat de la biologie est là, dans l’enveloppe : sérologie positive. Elle en avait si peu...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.