L’entreprise est un lieu de création, d’épanouissement et de réalisation de soi. Mais on peut aussi y faire l’expérience de la peur.
Sans doute d’abord à cause de l’insécurité : la peur de perdre son travail est de plus en plus prégnante, et avec elle la possibilité de perdre ses moyens de subsistance. Sont alors mis en jeu l’avenir de ses enfants, de son conjoint, de ses engagements financiers, de son niveau social, voire de ses choix de vie. Cette insécurité est une réelle menace pour chacun, quel que soit son statut hiérarchique. Elle devient encore plus perceptible lors des fusions, acquisitions, délocalisations, lors des regroupements où il faudra inévitablement trouver des synergies, et donc supprimer des doublons et des postes.
Les mutations technologiques, les changements stratégiques sont également sources de peur, puisqu’au-delà de l’exigence d’une nécessaire adaptation ils sont bien souvent à l’origine d’une réorganisation qui engendrera l’élimination de certaines ressources. Sommes-nous assez lucides sur les épreuves que ces peurs engendrent ? Quand notre expérience traverse l’affront et la honte de l’humiliation, y a-t-il un lieu pour une réparation, un retournement, un salut ? Comment identifier et suivre un chemin de libération ?

Un terrain d’affrontements


Au jour le jour, l’entreprise est un terrain d’affrontements, de combats, de réussites, de performances, de défis. Sur ce terrain, nous sommes aussi des joueurs victimes et générateurs de peurs. La hauteur dans la hiérarchie ne nous met pas à l’abri de ces jeux, bien au contraire ; la séduction du pouvoir et « la cour des grands » commandent plus d’agissements humiliants qu’il n’y paraît.
La pression du temps que nous supportons impose de décider vite, d’annoncer dans l’urgence, voire de sauter certaines étapes pour privilégier le résultat et la forme. Les précautions humanistes, l’attention à l’autre n’y ont pas cours et génèrent des peurs : ne pas atteindre les objectifs dans les délais impartis, être dépassé par son concurrent interne ou externe... Il n’y a plus guère de temps pour assumer ses responsabilités ; on va de poste en poste, de mission en mission. D’où les manquements à la rigueur et à la vérité, les camouflages en tout genre dissimulant les lâchetés.
Ainsi, je connais une personne qui a appris son licenciement pendant ses vacances sur son téléphone mobile ; son patron lui expliquait pourquoi il choisissait quelqu’un d’autre, et non pourquoi il se séparait d’elle. De même pour cet ami qui a appris son changement de poste et de responsabilité par la diffusion de l’organigramme de la banque où il travaille. Peur de dire, de faire face, d’assumer, de se confronter, d’affirmer, d’expliquer. Peur de l’autre, de sa réaction, de ses critiques. Peur d’être mis face à ses propres choix et ses propres contradictions, et de devoir rendre des comptes à plus petit que soi.
L’absence de dialogu...
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