Yves SIMOENS s.j. Exégète, Institut biblique (Rome) et Centre Sèvres (Paris). A récemment publié aux Éditions Facultés jésuites de Paris : Le corps souffrant : de l’un à l’autre Testament (2005), Apocalypse de Jean, apocalypse de Jésus Christ : une tradition, une interprétation (2008) et Croire pour aimer : les trois lettres de Jean (2011). Dernier article paru dans Christus : « La médiation du serviteur : sur Isaïe 52,13–53,12 » (n°228, octobre 2010).  
 
Le premier intérêt du verset de Si 24,7, provient de la question ainsi posée. C’est notre question à tous : quelles sont les conditions pour hériter de la Sagesse ? Mais il faudra revenir sur les nuances de cette formulation. Son deuxième intérêt consiste à faire porter la question sur la Sagesse avant toute autre considération spirituelle et religieuse plus particulière ou contingente. Troisième intérêt de ce verset enfin : il instaure une hiérarchie parmi les sujets qui concernent le rapport à une tradition, à un lieu, à une époque. La Sagesse cherche à intégrer cet ample faisceau de réalités. Elle nous introduit au coeur du sujet. La question posée prend place dans un discours de la Sagesse sur elle-même. Son antécédent, après l’exil à Babylone, se trouve en Pr 8,22-31, qui lui sert de matrice littéraire et théologique. La Sagesse y prend déjà la parole à la première personne comme médiation entre Yhwh, Dieu unique d’Israël, Créateur, et les créatures. Elle est Dieu au féminin, distincte de Dieu en Dieu. « Entité une et subsistante » (Paul Beauchamp), elle rend possible un monothéisme tempéré. Elle est irréductible au créé (transcendante), mais en son centre (immanente). Elle protège ainsi la créature personnelle en lui épargnant de pécher. C’est sa fonction de Sagesse. Au fondement positif de l’univers créé, au service du Créateur autant que de la créature, elle préserve la liberté bonne des assauts du mal. Autant d’acquis pour le Siracide.
 

La recherche d’un lieu pour la Sagesse

Si 24 part de là. Ce point de départ, lourd d’enseignement, marque un véritable coup d’audace dans la foi. C’est une évocation symbolique, seule possible, de l’origine à partir de Dieu, en Dieu. Le concept n’y arriverait pas. Se laissent ainsi entrevoir le monde et l’histoire du point de vue de Dieu, grâce au langage poétique humain. La théologie, le discours sur Dieu, naît de cette poésie et ne devrait jamais trop la quitter. Si 24 y ajoute plusieurs dimensions à partir du rapport de la Sagesse avec la prière liturgique au temple de Jérusalem. Après la création, le lien est établi entre la Sagesse et l’alliance. Dieu crée masculin et féminin à son image comme sa ressemblance (Gn 1,26-27). La Sagesse qui en rend compte fonde la socialité du peuple élu en prière, pendant sa pérégrination au désert et lors de sa sédentarisation en Israël, à Jérusalem, au mont Sion. Le texte mérit...
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