En France, on connaît bien la chan­son. Chaque génération entretient et revisite son petit conservatoire. L’adage avait inspiré Charles Trenet, qui traduisit dans L’âme des poètes ce qui s’inscrit à chaque époque dans l’air du temps : « Longtemps, longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent en­core dans les rues. La foule les chante un peu distraite, en ignorant le nom de leur auteur. » Quelques décennies plus tard, alors que le rock-and-roll et la pop avaient pris le pas sur le style chanson à textes d’antan, le duo Lau­rent Voulzy et Alain Souchon a parlé de ces « trucs qui collent encore au coeur et au corps », lorsqu’un air vous trotte toujours dans la tête.
L’exercice est si populaire que, régu­lièrement, des sondages tentent de dé­signer le meilleur de la chanson du siè­cle, par goût immodéré des classements mais aussi pour nourrir les nostalgies et réincarner les rêves oubliés. Pour le siècle précédent, un de ces palmarès atmosphériques avait distingué Prendre un enfant d’Yves Duteil. Le chanteur a su conjuguer les accents de l’intime et la geste universelle, celle de la filiation et de la transmission, lorsque l’enfant paraît et grandit. Une bonne chanson raconte une histoire, accessible à tous, et défie l’usure du temps. Ce qui fait la différence, c’est la manière du créateur, tantôt douce, tantôt forte.
 

Les chansons à texte


« Il y a des chansons pour toutes les heures, pour toutes les humeurs, pour toutes les circonstances », avait coutume de lancer Boris Vian il y a cinquante ans. Un premier cercle réunit quelques-uns des monstres sacrés qui sont entrés dans la légende. Une brève consultation auprès de quelques ama­teurs de chansons révèle la variété et l’impact de ces couplets et ces refrains, jusqu’à aujourd’hui. De ces chansons qui ont compté pour une vie et que l’on a comme tatouées « au coeur et au corps ». La chanteuse Mannick évoque, comme beaucoup, des grands anciens comme Jacques Brel (Mathilde, Ces gens-là), Anne Sylvestre (Lazare et Cécile) ou Georges Brassens (La prière, Jeanne) : « Nous étions en quête de textes, de poésie et de sens. Alors que le yéyé bousculait tout, dans les années 60, nos engouements allaient plutôt vers la belle écriture. J’ai gardé la nostal­gie de ces chansons où résonnaient des mots d’amour d’un style nouveau et se partageait une vision du monde engagée, sans être trop marquée poli­tiquement. »
Dans ses souvenirs 1, le pianiste de Brel, Gérard Jouannest, rappelle l’impact de Brel qui donna des galas à l’invitation des prêtres-ouvriers dans la région de Lyon, à la fin des années 50. À la même époque, le P. Duval remplissait l’Olym­pia avec des foules ferventes. D’autres voix, comme celles de Soeur Sourire et du P. Didier Mouque (un franciscain) se souciaient de chanter Dieu au coeur du monde.
 

Le coeur de l’humanité La lecture de cet article est réservée aux abonnés.