C’est bien connu : la crise écologique ébranle fortement nos convictions et nos valeurs au point de nous faire douter de nous-mêmes. Ce qui, il y a cinquante ans, paraissait être une victoire prodigieuse de l'humanité sur l'hostilité du monde extérieur s'est subitement transformé en sentiment d'échec, voire d'erreur. Nous voilà menacés des conséquences de notre propre progrès. En danger de progrès 1, disait François de Closets. Le progrès meurtrier 2, affirme Drewermann, au point que l'avenir lui-même paraît incertain. Bien des facteurs peuvent être évoqués : la puissance des armes de destruction, l'ampleur des pollutions ponctuelles ou diffuses, l'explosion démographique dans le tiers-monde, la hausse vertigineuse de la consommation dans les pays dits « développés », le dérèglement des systèmes de régulation de la planète (changements climatiques, effet de serre, pluies acides), l'épuisement des ressources non renouvelables, et parfois même renouvelables avec, par exemple, la pénurie annoncée d'eau potable. Tout converge vers une crise qui est essentiellement une crise du développement humain.
 

Une crise qui ne se dénoue pas


Certes, la crise annoncée avec fracas après la Conférence de Stockholm en 1972 n'a pas eu lieu et l'opinion publique, lasse d'attendre en vain un cataclysme qui ne venait pas à l'heure dite, s'est désintéressée de la question. Pourtant, profondément et sur le long terme, depuis trente ans, la crise s'est accentuée plutôt que dénouée. Malgré l'effort de conceptualisation autour du développement durable (commission Brundtland, 1987), malgré les engagements solennels de Rio (1992), malgré les nombreuses adaptations législatives et réglementaires des pays dits « développés » — et, à cet égard, les directives de la communauté européenne sont remarquables —, rien n'indique que nous ayons réussi à juguler la crise dans ses causes mêmes.
Au plan local, nous gérons mieux les pollutions, c'est évident. Contiairement à ce qu'un certain discours opposé à l'entreprise industrielle et à l'argent laissait redouter, la grande industrie a fait des progrès considérables : elle a analysé et souvent réformé son processus de production, elle est même parvenue à faire d'une « approche verte » un instrument de promotion. Les municipalités et les collectivités locales, pour leur part, ont en général mis en place des systèmes d'épuration des eaux et portent une attention méticuleuse à la gestion des déchets. Entre le début des années 60 et aujourd'hui, les progrès dans les luttes anti-pollutions, du moins dans les pays dits « développés », sont notoires.
Mais, au plan global (au plan mondial, si l'on veut), la pression sur le milieu écologique ne se détend guère, comme si les améliorations locales cachaient des détériorations plus systématiques et plus lourdes. Pensons par exemple à l'urbanisation galopante, aux villes champignons du Sud...
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