Dieu habite la ville de toutes sortes de manières, à travers les lieux de culte et de prière mais aussi à travers les multitudes d'hommes et de femmes qui la peuplent. Un pasteur propose ici une méditation sur la grande ville, un accueil de la ville comme elle est.

J'écris ce texte de la chapelle d'un petit monastère caché au fond d'un bois. Après avoir vécu vingt ans dans l'hyper-centre d'une grande ville, je suis venu ici pour la joie d'être là et écouter le vent. Chaque matin, après les laudes, j'ouvre grandes les fenêtres de l'oratoire et je me pose : les oiseaux chantent. Au loin, j'entends les bruits de la ville. Je ferme les yeux et je regarde. Pèlerin immobile, je m'en vais rejoindre ceux que j'aime. Assis, je marche à leur rencontre. Mon esprit quitte Clerlande, traverse Mons et Tournai. J'arrive alors à Lille…

Grouillement de vie

C'est une ville. Mais ce sont des mondes. Des hommes. Des femmes. Des jeunes. Des vieux. Des gens d'ici. Des gens de là. Des peuples. Des gens du monde entier.

Il y a ceux qui vivent là à demeure, en permanence, certains depuis toujours. Et ceux qui passent. Ceux qui travaillent. Ceux pour qui travailler, c'est vivre ; et ceux pour qui travailler, c'est ne plus vraiment vivre parce qu'il y a dans les grandes villes, on le sait bien, des conditions de travail qui abîment des vies. Il y a aussi – nombreux – ceux qui ne trouvent pas de travail et laissent s'installer en eux le sentiment d'être inutiles.

La ville, ce sont des milliers de femmes et d'hommes que déversent chaque matin des trains, des bus, et une marée de voitures qui engorgent les faubourgs. Grouillement de vie aux abords des gares. Vagues humaines aux sorties du métro. Fourmillement dans les rues piétonnières. Course folle : même les flâneurs se prennent à se presser.

Dans cette foule immense, des gens heureux qui portent leur bonheur en bandoulière, et tant d'autres qui errent, en traînant leur misère, leurs soucis, leurs tristesses. Tant de groupes, de réseaux, et tant de solitudes aussi. Il n'est pas rare que l'on meure dans la rue ou seul chez soi, sans que cela n'inquiète personne.

Une ville, avec ses quartiers striés par les artères qui délimitent des frontières sociales, ethniques et culturelles : quartiers des commerces de luxe et quartiers des affaires, quartiers riches et quartiers populaires qu'on dit « sensibles ». Sensibles à quoi ? Quartiers de l'armée, des étudiants ou des commerces. Larges avenues et ruelles endormies. Hô...


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