Cerf, 2021, 276 p., 20 €.

L'origine de ce livre vient de la rencontre entre la compétence biblique de l'auteur – dominicain, professeur d'Ancien Testament – et les confidences reçues de personnes abusées. Il montre que la volonté meurtrière des autorités religieuses du temps de Jésus n'est pas un moment exceptionnel, mais qu'elle est présente tout au long de la Bible et qu'elle se poursuit aujourd'hui, notamment dans l'Église. C'est dès les commencements que la parole de Dieu est manipulée, qu'il y a refus de la confiance, jalousie, volonté d'emprise et de jouissance ; le fruit en est la violence et la mort. C'est l'histoire de Caïn et Abel qui fait suite à l'écoute des insinuations du serpent. Toute la Bible peut être convoquée pour décrire ce combat : les prophètes dénoncent l'exercice de la royauté et ses exactions ; les pratiques religieuses qui, sous couvert de piété, cachent des emprises et des prises de possession. Les psaumes sont remplis de la souffrance du priant, pris entre des bêtes qui l'entourent et veulent le dévorer, l'apparente réussite des vantards et des riches, et le désir de poursuivre son chemin dans la confiance, malgré les menaces et blessures. Les nombreux mauvais traitements imposés aux femmes et aux enfants, au long de l'histoire biblique, sont hélas de la même nature que les abus actuels.

Parmi les commentaires, j'ai notamment apprécié la lecture des psaumes 1 et 73, l'interprétation donnée aux eunuques (Mt 19, 12) et l'analyse du possédé de Gérasa (Mc 5, 1-20). L'auteur est choqué par ce qu'il entend des victimes, par leurs difficultés à être entendues, notamment dans l'Église. Il mobilise sa compétence pour faire entendre des cris. Ce livre est facile à lire, mais il invite chacun à convertir en lui toutes les racines de la violence, ce qui n'est pas si simple à réaliser.