Traduit de l'anglais (États-Unis) par John E. Jackson, avant-propos de Thomas Römer, Labor et Fides, « Le monde de la Bible », 2018, 424 p., 29 €.

Le livre de Michael Satlow est d'une rare ambition. Il couvre plus de mille ans, depuis l'émergence du royaume du Nord, Israël, jusqu'à la mise en place du judaïsme rabbinique. Il traite de l'histoire des textes de la Bible, c'est-à-dire comment ils ont été formés, et de leur réception. De manière systématique, l'auteur inclut également le Nouveau Testament comme témoin d'un judaïsme spécifique.

La question qui anime l'auteur est de déterminer quand et comment la Bible a acquis son autorité. Cela montre à l'évidence que, premièrement, la Bible ne fut pas écrite en un jour et que son autorité n'allait pas de soi. En particulier, l'auteur y voit un exercice scribal décrivant une société utopique tout entière tournée vers son Dieu. L'auteur établit que ces textes ne furent jamais vraiment appliqués et restèrent longtemps confinés dans le temple de Jérusalem, destinés à une élite.

Ce n'est qu'à partir de l'époque hellénistique qu'ils en sortirent. Ils sont alors médités par un public plus large, notamment grâce à l'entreprise de traduction en grec. Les graves événements de cette époque font éclater le judaïsme en différents courants qui les interprètent différemment et considèrent leur autorité de diverses manières. Ce n'est qu'après la chute du Temple, en 70 après Jésus-Christ, que les textes finiront par acquérir une autorité sacrée accompagnant la construction du judaïsme rabbinique d'un côté et du christianisme de l'autre.

L'auteur attend du lecteur beaucoup d'attention et une excellente culture biblique. Il suppose également acceptée l'idée que la Bible a une histoire évolutive, qu'elle n'a pas été uniquement « dictée » par Dieu mais résulte aussi du génie humain, ce qui n'exclut en rien l'inspiration divine. Le livre demande enfin de bien connaître les grandes étapes de l'histoire d'Israël.

On peut reprocher à l'auteur d'avoir cherché à embrasser un sujet trop vaste. Il prévient lui-même que certaines de ses idées sont spéculatives et qu'il a fait des impasses. On regrette certains manques. On pourra regretter également sa rapidité dans l'examen du judaïsme de l'époque hellénistique et romaine, qu'il s'agisse des sadducéens et des pharisiens, dont il offre une présentation trop basée sur le témoignage de Flavius Josèphe, ou bien du christianisme qu'il envisage en rupture très rapide avec le judaïsme, alors que tout un pan de la recherche envisage la séparation avec les rabbins comme plus tardive.

Il n'en reste pas moins que ce livre prend en compte les derniers développements de la recherche et constitue un beau panorama de la question de l'autorité des écrits biblique dans l'Antiquité. À n'en pas douter, le livre non seulement apporte des réponses pertinentes mais engage également le lecteur à approfondir son rapport à ces textes fondateurs.