Saint François-Xavier, dont nous fêtons cette année le cinquième centenaire de la naissance, a connu, plus que beaucoup, l’angoisse et la peur, dans les épreuves de la mission aux lointains. Il les a traversées en accueillant la consolation qui vient de Dieu. L’expérience de la consolation, dont il parle abondamment en ces pages, est la source du courage et de la force de l’apôtre. Cette lettre a été envoyée aux jésuites de Rome depuis Cochin et la côte occidentale de l’Inde, le 20 janvier 1548. Cela faisait huit ans que François-Xavier avait quitté Rome pour la mission en Extrême-Orient. Après une première étape en Inde proprement dite, un long discernement l’avait amené à partir plus loin, plus à l’est. Malacca et les Moluques seront une première étape, avant le Japon et les portes de la Chine.

Une fois écoulés les trois mois, je suis parti de cette ville de Maluco 1 vers des îles qui se trouvent à soixante lieues de Maluco, qui s’appellent les îles du Maure, parce qu’il s’y trouve de nombreux villages de Chrétiens et qu’il y a longtemps qu’ils n’ont pas été visités, autant pour la raison d’être très éloignés de l’Inde que du fait que les naturels du pays aient tué un Père qui y était allé. Dans ces îles, j’ai baptisé beaucoup d’enfants tout petits que j’ai trouvés sans baptême ; j’ai séjourné pendant trois mois et au cours de cette période j’ai rendu visite à tous les villages des Chrétiens. Ces gens m’ont beaucoup consolé de même qu’ils l’ont été avec moi.
En raison des fréquentes guerres que ces gens se font les uns aux autres, ces îles sont fort dangereuses. Ce sont des gens barbares qui ne possèdent point d’écriture et qui ne savent ni lire ni écrire. Ce sont des gens qui donnent du poison à ceux qu’ils n’aiment pas et qui, par ce moyen, tuent beaucoup. C’est un pays très escarpé : tout n’y est que montagne et il est très pénible de les parcourir. On n’y trouve pas d’aliments corporels. On n’y sait pas ce que sont le blé ou le vin de la vigne. Il n’y a ni viande ni aucune sorte de bétail. Mais on y trouve des porcs, heureusement : des porcs sauvages et en grand nombre. Bien des villages manquent d’eau propre à la boisson. Il y a abondance de riz et beaucoup d’arbres appelés sagoutiers qui produisent du pain et du vin ainsi que d’autres arbres dont l’écorce sert à faire des habits que tout le monde porte. Je vous donne ces renseignements sur tout cela pour que vous sachiez combien ces îles sont fertiles en consolations spirituelles. En effet, tous ces périls et toutes ces peines volontairement endurés par le seul amour et pour le seul service de Dieu Notre Seigneur sont autant d’abondants trésors de vastes consolations spirituelles, si bien que ces îles sont toutes disposées et toutes préparées pour qu’en peu d’années un homme puisse y perdre la vue des yeux corporels grâce à l’abondance des larmes de consolation. Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais eu autant de consolations spirituelles, ni...
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