Comme on l’a vu précédemment, la crise que nous traversons collectivement avec son cortège de mauvaises nouvelles, mais aussi les épreuves plus personnelles, l’usure des jours, endomma­gent en nous la capacité à nous projeter et accentuent la fragilité, la précarité de l’existence. L’élan vital, l’énergie pour entreprendre sont comme absents, stoppés.
Lieu de combat récurrent pour beaucoup d’entre nous, s’il en est ! Comment ne pas se laisser engloutir, comment réagir à temps et, même, prévenir ces états qui ôtent le goût d’avancer ? Il en faut de la vigilance pour que les assauts répétitifs du découragement ne nous essoufflent pas. Il en faut du courage pour continuer la route quand tout est un peu trop lourd à porter. Il en faut de l’espérance pour traverser l’existence sans se lasser de soi et des autres.
Mais déjà nous sentons bien que face au découragement, nous ne sommes pas à égalité. Parmi nous, certains sont moins armés que d’autres pour le combat. Mon propos n’est pas ici d’en énoncer les raisons multiples et complexes, mais de souligner un élément utile. En effet, s’il est notoire que nous avons les uns sur les autres une influence trop souvent navrante, parfois même tragique, nous avons aussi la faculté de nous convier au meilleur de nous-mêmes. La solidarité se vit dans le pire comme dans le meilleur ! Nous « dé­colorons » les uns sur les autres. C’est une réalité incontournable de nos vies que ce lien fatal ou vivifiant. La nature des liens que nous entretenons avec nos semblables nous dévoile la source de nos découragements comme celle de nos sorties de crise.
 

Regarder et être regardé comme un être humain


Ainsi, nous sommes liés les uns aux autres, que nous le voulions ou non. Cela se traduit de façon très nette dans le regard que nous posons sur les autres et ceux qui se posent sur nous. Là non plus, rien n’est d’avance gagné. Le terrain est à haut risque, miné, hasar­deux. Si l’autre peut être perçu comme une menace, le regard qui est porté sur moi est bien souvent très difficile à soutenir.
« Je pense être un moins que rien mis au monde par erreur, pour le malheur de tous », me dit Pascal alors qu’il repasse pour la huitième fois par la case prison. Il est abattu. C’est l’incarcération de trop, dit-il à qui veut l’entendre. « Je ne peux plus croire que je vais m’en sortir. Je suis foutu. »
Sa vie est une suite de revers successifs. Il n’a pas le souvenir d’avoir jamais réussi quelque chose. L’alcool, la drogue, la vie dans la rue, les mauvaises fréquentations : il a tout connu de la spirale infernale de l’échec. Comment l’aider à sortir de cette image émiettée de lui-même ? « Je suis comme ils disent dans le psaume » :
 
Et moi, je suis un ver, pas un homme,
raillé par les gens, rejeté par le pe...
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