Trois ans après la parution des deux gros volumes de François d’Assise : Écrits, vies, témoignages (Cerf/Éditions franciscaines, 90 e), voici l’équivalent pour sainte Claire (1194-1253), elle qui se présentait comme « la petite plante du très bienheureux Père François ». On y trouvera tous les écrits de Claire et tous les documents la concernant jusqu’à la fin de XVe siècle, traduits et présentés par les meilleurs spécialistes français et italiens.
Avec les quatre lettres écrites à Agnès de Prague, le joyau en est la Forme de vie de l’ordre des Sœurs pauvres, la première règle religieuse rédigée par une femme pour des femmes. C’est là qu’on trouvera les accents les plus personnels avec lesquels Claire chante les louanges de la pauvreté : « Ô bienheureuse pauvreté qui, à ceux qui la chérissent et l’embrassent, procure les richesses éternelles. Ô sainte pauvreté… Ô pieuse pauvreté qu’a daigné embrasser par-dessus tout le Seigneur Jésus Christ. » Plus encore que pour François, la pauvreté est pour Claire le moyen par excellence de la ressemblance au Christ et le critère de la fidélité à son engagement. Aussi a-t-elle lutté toute sa vie, jusques et y compris contre les papes, comme le rappelle de façon étonnante la bulle de canonisation, pour obtenir et défendre le « privilège de la pauvreté », c’est-à-dire le renoncement non seulement à toute propriété personnelle mais aussi à toute possession communautaire.
Cette ténacité en dit long sur la personnalité et le rayonnement de cette humble recluse, sans doute une des femmes les plus importantes du Moyen Âge, la plus fidèle interprète du message franciscain.
Etienne Celier