Philippe Darras Formateur en insertion, Le Marais Sainte- Thérèse, Saint-Étienne. Patrick Thiollier Responsable du centre de formation Le Marais Sainte-Thérèse.
Les auteurs remercient Hervé Nicq, s.j., pour la relecture de cet article.  
 
La Compagnie de Jésus compte plusieurs établissements d’enseignement et de formation à travers la France. À Saint-Étienne, le Marais Sainte-Thérèse regroupe deux entités : un centre de formation continue et un lycée professionnel. Notre centre accueille – ou recueille, pourrions-nous souvent dire – un grand nombre d’adultes, pour la plupart demandeurs d’emploi. C’est pour nous l’application concrète des recommandations de la Compagnie qui nous demande d’« être là où d’autres ne sont pas, ne sont plus ou ne sont pas encore ». Notre action naît donc de notre volonté de porter une attention particulière aux plus fragiles, volonté soutenue par notre foi chrétienne et qui nous permet de vivre au quotidien l’annonce de l’Évangile partagée et reçue avec les plus pauvres. Concrètement, nous accueillons au quotidien des stagiaires en situation précaire, issus de milieux défavorisés, ainsi que, chaque année, plusieurs personnes placées sous main de justice. Pour faire face à une demande pressante de sans-papiers, nous avons également eu l’intuition de créer une antenne stéphanoise du JRS (Service Jésuite des Réfugiés) dans le but d’aider leur régularisation par la formation. Leur prise en charge peut durer de quelques semaines à plusieurs mois. L’apprentissage technique a cette qualité de libérer la parole. Chaque expérience devient une histoire qui nous est livrée et dont nous devons tenir compte afin d’appréhender pleinement ceux qui nous sont confiés. Nous relayons ici cette parole pour l’amplifier, témoigner de l’impact sur ces personnes d’un système souvent injuste et partager la manière dont ces rencontres interpellent notre foi.  
 

Christophe

Christophe, réfugié congolais, en France depuis neuf mois, a quitté son pays pour des raisons politiques et confie s’être dirigé sur Saint-Étienne après avoir été informé qu’il pourrait y retrouver un groupe de chrétiens de sa connaissance. Il dépose une demande d’asile, puis doit partager avec quatre autres personnes un appartement de deux pièces. Durant la journée, il va dans la rue, car il ne doit pas rester dans l’appartement. Il prend ses petits déjeuners au foyer de la Fontaine et ses soupers au « bistrot social ». Pour faire avancer son dossier de réfugié, il doit payer 900€ à un avocat de Paris. Un prêtre du quartier de Montreynaud lui conseille de se présenter dans notre établissement pour apprendre le métier de soudeur. Cette formation lui permet de toucher une indemnité de 350€ par mois. Il vit désormais seul dans un appartement. Les charges, plus les frais de déplacement, lui coûtent 240€. Pour obtenir...
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