Remi de MAINDREVILLE s.j.  
 
Ceux qui refusent l’héritage catholique s’appuient souvent sur une tradition rationaliste et agnostique, enrichie par l’évolution permanente des sciences et des techniques. Cette tradition contribue à soutenir une mise à distance des prétentions religieuses, en particulier des religions révélées dont les affirmations ne peuvent être validées avec la même rigueur de raison. Se poursuit ainsi une vision de l’homme et du monde attirante et efficiente, loin du discours et de la vie des religions dont l’approche nécessiterait alors, chez les personnes intéressées, une motivation et une volonté fortes. C’est plus souvent à partir d’autres dimensions de l’existence, comme la vie affective ou l’intérêt spirituel, ou encore le sens de la vie, qu’une telle approche s’envisage concrètement. Dans ce court article, nous envisagerons trois attitudes différentes de refus de l’héritage, et certaines conséquences qui en découlent.
 

Méfiance et désaffection

Depuis quelques années, des personnes demandent de façon explicite et motivée d’être rayées des registres de baptême de l’Église catholique. On y décrypte la déception profonde, l’agressivité parfois, devant des comportements de ministres ou de responsables d’Église, ou encore devant des attitudes jugées trop intransigeantes de l’Église comme institution. Mais cela a peu à voir avec la désaffection, le départ silencieux d’un grand nombre de l’Église et l’abandon de la pratique ordinaire des sacrements et de ses recommandations spirituelles et apostoliques par un nombre croissant de personnes. S’il y a un refus de l’héritage catholique aujourd’hui, il prend davantage la forme d’un refus ou d’une méfiance à l’égard de l’Église comme seule voie d’accès à la pleine et vraie connaissance du Christ et de l’Évangile, que la forme d’un refus de la figure de Jésus-Christ. Dans cette société sans mémoire, les sujets que nous sommes ne reçoivent plus leur identité et tout ce qui constitue leur liberté à partir d’une appartenance qui les dépasse et leur inculque ses croyances, ses références, ses valeurs. Ils les construisent et les valident désormais au fur et à mesure, dans la relation avec d’autres, à partir des expériences qu’ils font. C’est particulièrement le cas dans le domaine religieux qui, dans une société sécularisée, relève de la vie privée. Cette liberté s’exerce jusque dans le rapport à la foi et à l’Église où chacun entend bien prendre et intérioriser ce qui convient à sa vie spirituelle et humaine à chaque moment. Toute croissance spirituelle est alors un chemin progressif, fait d’emprunts toujours plus ou moins « bricolés » avec la vie de chacun. À chaque pas de ce chemin, l’Église peut être présente et se proposer en même temps que son message. La qualité de la rencontre et de l’écoute est souvent déterminante pour...
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