Voici quelques années, devant parler du respect à une classe d’élèves en troisième professionnelle, je leur ai proposé de jouer des saynètes de la vie quotidienne : « j’arrive en même temps que quelqu’un devant une porte », « je vois quelqu’un jeter un papier dans la rue », etc. La même scène était jouée plusieurs fois, donnant lieu à une diversité étonnante de propositions. Le reste de la classe observait, puis chacun pouvait réagir. À la fin, nous avons cherché à rassembler l’expérience en une phrase. La première qui a surgi est : « le respect, c’est me faire respecter ». Au fil des débats, une autre a peu à peu émergé, et c’est sur celle-ci que nous avons fini par nous entendre : « le respect, c’est se parler ».
Ces deux définitions illustrent bien le mouvement qu’est le respect : il circule entre moi et l’autre par la parole. À l’inverse, l’absence de parole est souvent signe d’irrespect. Le respect, en effet, est comme une pièce à double face. D’une part, il est une demande : si la demande n’est pas entendue ou si elle ne sait pas se dire, elle peut se durcir en exigence, en affirmation de soi au mépris de l’autre. D’autre part, il est une écoute attentive.
 
 
 

Appel, retournement, réponse

 
Le respect est un dialogue de demande et d’écoute. Mais que demande celui qui demande le respect ? Qu’est-ce qu’entend celui qui l’octroie ? L’étymologie latine peut nous aider : respect vient de respectare, regarder en arrière. Celui qui demande le respect demande à autrui qu’il se retourne pour le regarder, pour le prendre en considération. Le respect est un mouvement, un retournement pour considérer celui qu’un instant avant l’on ne voyait pas.
Le respect est dialogue d’appel et de réponse : celui qui appelle aspire à être reconnu selon son nom, le plus essentiel de son identité. Celui qui répond, en même temps qu’il reconnaît celui qui l’a appelé, se présente lui aussi selon son identité la plus propre. Le respect est cette expérience où l’un et l’autre se reconnaissent d’abord et avant tout selon leur nom.
 
 

Le maître et le pauvre : appel

 
Le philosophe Emmanuel Levinas évoque cette expérience lorsqu’il parle du Visage, où autrui se présente en hauteur par rapport à celui qui se tourne vers lui. Cette hauteur prend deux figures : le maître qui enseigne et le pauvre qui crie. L’un et l’autre sont témoins d’une seule et même loi : « Tu ne tueras pas ».
Le respect est cette sensibilité à la nouveauté, à...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.