Pour nombre de nos contemporains, mis à part quelques initiés, le terme de « combat spirituel » s’accompagne d’une résonance étrange. À voir leur perplexité, on se croirait devant une notion effondrée, disparue sans bruit du paysage social et intime. Autour de ces deux mots qui furent si parlants, ne demeure qu’une série d’images surannées, comme autant de vestiges d’un patrimoine religieux englouti : mystiques tourmentés, ascètes, pénitents excessifs, fous de Dieu aujourd’hui redoutés… Dans ces lambeaux d’images, le désert figure encore en bonne place, avec son lot de tentations et de solitude. La résistance au démon, le combat avec l’ange, les affres de la nuit subsistent à l’état de traces, mais on ne souhaite guère s’y appesantir à cause du soupçon de la négation de soi, qui semble aujourd’hui une faute grave, un déni du réel, une impasse sacrificielle. Et le désert, si son image surgit à l’évocation du combat spirituel, n’est qu’un « vieux » désert ! Car le désert de nos imaginaires collectifs actuels offre d’autres perspectives. Il serait plutôt celui de la grande réconciliation avec soi, avec le monde, avec Dieu ; le lieu d’un nouveau pacte et d’une paix reconquise ; le lieu de l’adoration rayonnante. La bonne « coupure », la saine solitude, la halte salutaire. Quant au mystique, on lui voit plutôt le sourire du Bouddha, un sourire « décroché », flottant mystérieusement très au-dessus de la mêlée.
Serions-nous donc devenus si étrangers aux combats, si imperméables à Dieu, si fermés au spirituel ? Sûrement pas ! Les combats et la spiritualité sont encore bien dans nos vies : nous sommes, de fait, contraints à des combats dont nous nous passerions, dans notre vie quotidienne — pour notre insertion dans la société, nos relations de travail, le sentiment de notre propre existence, contre la précarité sous toutes ses formes… — et nous sommes nombreux, dans le même temps, à être attirés par la spiritualité, tellement distincte de ce qui s’offre à nous et, par contraste, si désirable.
Ce qui ne va pas de nos jours dans ce terme de « combat spirituel », ce qui en lui « fait » fausse note ou fausse route, c’est le voisinage. Accolés, voici que ces deux mots s’apparentent à ces figures fantastiques où le zèbre a un cou de girafe, et le mouton, une tête de cheval : une bizarrerie. Quel est donc ce contexte, le nôtre, qui donne à voir dans le combat spirituel cette figure composite et décalée ?
 

Le déplacement du tourment


Nul n’entre dans le combat, quel qu’il soit, sans énergie. L’époque actuelle n’en manque pas. Il serait injuste de ne donner à voir dans les sociétés d’Occident que leurs facilités. Nous sommes dans une époque difficile — même pour les gâtés de la vie — qui impose des combats et requiert bien des forces. Rien que de chercher à trouver sa place consomme une énergie considérable ; car nul ne vous indique une voie si vous ne la cherchez pas par vous-même : telle est la conséqu...
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