Préface de Jean Vanier, Nouvelle Cité, coll. « Racines », 2016, 192 p., 18 €.

Si l'on connaît bien Christian Salenson, théologien lié à l'Institut catholique de la Méditerranée à Marseille, pour ses travaux consacrés à la spiritualité et à la pensée de Christian de Chergé, on sait moins sans doute qu'il travaille régulièrement avec la communauté de l'Arche fondée par Jean Vanier. Cet ouvrage est issu de cet accompagnement théologique. Alors que son titre peut paraître très large, évoquant cette « fragilité » très présente dans l'air du temps et considérée sur les plans psychologique comme spirituel, il se centre surtout sur la question du handicap.

Que se joue-t-il dans la rencontre et dans la vie communautaire « entre personnes porteuses de handicap et personnes qui accompagnent » ? La découverte essentielle et bouleversante que nous sommes tous en état de manque, de désir et de pauvreté devant l'Autre et devant Dieu. Même sans handicap, nous ne pouvons nous suffire à nous-mêmes. Le rite du lavement des pieds, particulièrement mis en valeur dans les communautés de l'Arche, est à l'image de ce Dieu vulnérable qui vient se mettre à la portée de nos petitesses. « La faiblesse et la fragilité marquent toute vie humaine, écrit Christian Salenson. Nul besoin de s'inventer des fragilités, elles sont là ! On s'humanise en les acceptant, sans les dissimuler à ses propres yeux et sans enfumer les autres par l'image que l'on veut donner de soi. » (p. 64). Les accepter ne veut d'ailleurs pas dire s'y complaire.

À rebours d'une idéologie libérale qui veut faire de nous des individus performants à tout prix, la communauté de l'Arche se veut « lieu du pardon et de la fête », signe sacramentel dans un monde où les plus faibles, dont les malades atteints d'une pathologie mentale, sont souvent rejetés. Lieu d'Église capable de rester ouvert aux personnes de convictions ou de confessions différentes, elle témoigne ainsi de l'espérance d'un Royaume promis à tous.