Nous retrouvons cette atmosphère oppressante et grise des dictatures communistes, la surveillance humiliante et bête à la fois de la Stasi, la soif de liberté qui se cache en certains êtres, quel que soit leur âge ou leur profession, « ce climat propre à la société totalitaire, où la suspicion généralisée règle les rapports sociaux et où l'abjection, domestiquée, devient pure affaire de routine » (J. Mandelbaum). Le personnage central, celui de Barbara, est celui d’une femme médecin qui vient d’être mutée de la capitale dans un obscur petit hôpital au bord de la Baltique pour des raisons que nous devinons vite mais qui restent quelque temps vagues… Nous découvrons peu à peu qu’elle a demandé à émigrer en Allemagne de l’Ouest pour épouser un homme d’affaires de l’Ouest rencontré on ne sait comment et qu’elle retrouve secrètement avec des précautions dignes d’un super espion. Cette demande lui vaut d’être surveillée en permanence.
            Le drame du film est intérieur et, pour une large part, nous n’y avons pas accès. La profondeur étonnante des êtres humains, l’alchimie étrange d’une décision intime, sont décrites sans être jamais expliquées. Tous les éléments nous sont successivement montrés avec précision et force. Mais nous ne saurons jamais, in fine, pourquoi Barbara prend la décision qu’elle prend. A-t-elle mis du temps à mûrir ? A-t-elle été prise dans la clarté fulgurante d’un instant ? Oui, pourquoi cette décision ? A-t-elle succombé au charme attachant du Dr Reiser, André, son collègue, un passionné de médecine et de guérison comme elle, un homme marqué comme elle par une blessure narcissique et qui a le courage - rare chez un homme - de l’avouer ? Est-elle saisie par la détresse de la jeune fugueuse Stella, qui s’évade sans cesse de sa prison pour enfants mais ne cesse de rêver de liberté avec la passion d’un jeune animal pris au piège et qui s’est attachée à elle de toute son âme ? Veut-elle continuer à tout faire pour que le jeune Mario retrouve le goût de vivre et sa parfaite conscience ? A-t-elle perçu le côté vain de la vie riche et facile, de la vie, si belle en apparence mais si creuse en fait, que lui propose son amant ouest-allemand, beau certes mais si peu causeur et si superficiel ? Je pense au verset biblique : « Il y a trois choses qui sont au-dessus de ma portée, quatre que je ne puis comprendre: la trace de l'aigle dans les cieux, la trace du serpent sur le rocher, la trace du navire au milieu de la mer et celle de l'homme chez la jeune femme » (Pr 30,18-19). On pourrait ajouter les ressorts intimes d’une décision libre…
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