Quiétisme » : gageons que, même parmi les lecteurs de Christus, plus d'un devrait aujourd'hui recourir au dictionnaire pour élucider ce qu'évoque ce mot. Sa forme le rapproche d'« inquiétude », qui fournit son thème à ce cahier. Elle évoque plus précisément son contraire : « quiétude ». Le terme sent la naphtaline. De quelle théorie désuète peut-il bien s'agir ? De vagues souvenirs de lycée s'agitent au fond de la mémoire des plus anciens, souvenirs de l'époque révolue où le siècle de Louis XIV occupait encore une bonne partie des programmes scolaires. Voyons : Fénelon, Bossuet, Madame Guyon... Vous y êtes ! La « querelle du quiétisme », cette polémique entre deux évêques qui, sur la fin du siècle, avait passionné l'opinion publique et d'abord la Cour, jusqu'à ce qu'un Bref papal la déclare close en condamnant Fénelon. Une de ces fameuses « querelles » dont le XVIIe siècle français a eu le secret, au même titre que la « querelle du " car " », celle du Cid, ou celle encore dite « des Anciens et des Modernes »... Mais, cette fois-ci, redoutable polémique théologico-politique, comparable, par ses conséquences, à l'incendie allumé par les Provinciales autour du jansénisme : une querelle où, aux enjeux théologiques et spirituels les plus élevés, s'étaient mêlés de puissants intérêts politiques et de sordides rivalités personnelles. C'est dire que la violence et l'habileté avaient plus de chances de l'emporter que le souci de la vérité. En effet, on le sait aujourd'hui, ce n'est pas Innocent XII, c'est Louis XTV qui a condamné Fénelon.
 

Enjeux d'une condamnation


Les enjeux de la crise quiétiste, pourtant, étaient d'abord purement religieux. Dans le débat entre Fénelon et Bossuet, c'est l'avenir de la tradition mystique dans l'Eglise catholique, on s'en aperçoit maintenant, qui se jouait. Fénelon s'était fait le champion de cette tradition. Sa condamnation a porté un coup d'arrêt définitif, non à la vie mystique en France (car, dans les temps qui ont suivi, il y a toujours eu des âmes éprises de la recherche de l'Absolu et profondément unies à Dieu), mais à l'expression publique, et d'abord à la diffusion par l'imprimé de ces préoccupations qualifiées jusqu'alors de mystiques. Au tournant du siècle des Lumières, le mot « mystique », sous sa forme adjective aussi bien que substantive, disparaît de la littérature religieuse catholique. Pour évoquer la vie spirituelle, il ne sera plus question désormais que de « dévotion » ou de « piété », avant qu'au XX' siècle, entre les deux guerres mondiales, le mot « spiritualité » ne prenne la relève. Le Bref Cum alias, en la dernière année du XVIIe siècle, avait sonné le glas de la littérature mystique dans l'Eglise catholique.
Entendons-nous bien : la littérature spirituelle, dans les siècles suivants, restera un secteur florissant de l'édition française. Mais ces ouvrages dits « de piété », ceux du P. Grou, de Mgr Gay, du P. de Caussade, p...
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