Moines, religieux et consacrés sont, dans l'Eglise de ce temps, confrontés à de nouveaux défis, dans leur désir de vivre l'Annonce et de rendre témoignage au Christ ressuscité. Dans cette chronique à plusieurs voix, certains d'entre eux racontent ce qui change, dans la visée de la mission comme dans la manière de l'entreprendre, en lien étroit avec les membres d'autres instituts ou avec des laïcs vivant d'une même spiritualité.

Un vieil aumônier avait pris sa retraite deux ans auparavant. Un laïc dévoué apportait la communion à quelques malades qu'il visitait. Parfois, sur l'insistance des familles, il était fait appel au prêtre d'une paroisse voisine pour une onction « extrême ». Le prieur de mon couvent me fait part d'une demande adressée par la pastorale de la santé du diocèse. La grande disponibilité laissée par ma communauté m'a permis une présence quotidienne (parfois aussi la nuit), tissant des liens patients tant avec les malades et ceux qui les accompagnent qu'avec les soignants. Souvent, j'ai visité les malades sans avoir au premier abord d'approche confessionnelle, afin d'être témoin d'humanité. Cela a changé progressivement l'image traditionnelle de l'aumônier dans un lieu où il est trop facilement assimilé au ministre de la mort ou associé aux pompes funèbres.

Etre aumônier des vivants et tenter de partager angoisses, détresses, et aussi joies et espoirs ; s'efforcer d'entendre le poids des vies pour y chercher un sens, participer à la réconciliation d'existences parfois disloquées et les porter ensemble dans la prière ou me retrouver seul dans le silence de l'oratoire.
Entendre cette dame presque centenaire, en soins intensifs, dire qu'elle souhaitait une coupe de Champagne, transmettre aux soignants cette demande inhabituelle et les convaincre, organiser une réunion des enfants aux arrière-petits-enfants, faire sauter le bouchon d'une bouteille, puis réciter calmement ensemble un « Je vous salue, Marie »... Et, quelques instants plus tard, la voir mourir avec le sourire. Partager en silence la révolte de parents dont l'unique fils de sept ans s'en va. N'avoir rien d'autre à offrir qu'une présence priante, blessée, muette et respectueuse.
Accompagner dans la prière et l'indignation maîtrisée un malade transféré dans un autre hôpital où sa demande d'euthanasie a été acceptée. Continuer à croire en la Résurrection. Entendre un jeune père de famille qui, conscient d'être au bout de sa route, souhaite que soit célébré dans sa chambre d'hôpital le baptême de sa fille de quelques mois ; tenter de garder la sérénité et le sourire, malgré l'imminence de la mort. Revenir le surlendemain me recueillir devant la dépouille de cet homme jeune et dire à sa petite fille, même si elle est trop bébé pour comprendre, qu'elle peut être fière de son père qui a tenu à lui faire le cadeau du Christ avant de mourir.
Etre interrogé sur ma foi par des personnes désorientées : « Et vous...
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