« Oh ! Qu’il est bon, qu’il est doux de se trouver entre frères tous ensemble ! »
(Ps 133,1).

Ainsi débute un psaume devenu célèbre en Israël grâce à un air repris en canon lors du sabbat ou pour accompagner des danses populaires. Cet air fit partie du répertoire de nombreuses sessions d’hébreu ancien ou moderne, et il a été popularisé par plus d’un chanteur, par la télévision et le cinéma. Une image aussi positive de la fraternité reflète une des constantes de la pensée biblique, l’exigence de la solidarité pour un peuple peu nombreux où il faut se serrer les coudes afin d’affronter les défis et les crises de l’histoire.
Mais l’Ancien Testament contient d’autres images moins idylliques de la vie de frères et sœurs au sein d’une même famille. Il suffira de mentionner la question de Dieu à Caïn, au début de la Genèse : « Où est Abel, ton frère ? » (4,9). Le premier récit biblique qui met en scène deux frères est un récit de fratricide (4,8).
Un autre cas connu est celui des jumeaux Ésaü et Jacob dont le destin est scellé dès avant leur naissance par un oracle divin : « Deux nations sont dans ton sein, deux peuples se détacheront de tes entrailles. L’un sera plus fort que l’autre et l’aîné servira le cadet » (Gn 25,23). Ce n’est point l’entente qui règnera dans la famille mais une sourde rivalité, et elle aboutira au renversement des hiérarchies très strictes de l’Antiquité.
Ultime exemple, célèbre lui aussi, celui de Joseph et de ses frères. Le grand exégète Gerhard von Rad a pu comparer le récit de Genèse 37–50 à la tragédie des Atrides ou à celle des Labdacides. Le récit biblique, pourtant, se termine mieux que les tragédies d’Agamemnon, d’Œdipe, d’Oreste ou d’Antigone. Cette fois, personne ne verse de sang, même si les frères de Joseph étaient prêts à le faire (Gn 37,18-20). Après un long cheminement, les lecteurs assistent à la réconciliation des frères qui est cependant loin d’être automatique, comme nous le verrons.
Ces relations tendues entre frères se retrouvent dans les récits qui mettent en scène des sœurs. Il suffira de penser à Léa et Rachel qui luttent pour obtenir la préférence – et des enfants – de leur mari Jacob (Gn 29,31–30,23). D’autre part, l’Ancien Testament décrit aussi la vie idyllique que mènent les fils et les filles de Job jusqu’au moment où, sous l’instigation de Satan, la famille est emportée par un tourbillon d’épreuves aussi terribles qu’inexplicables (Jb 1,1-22).
Ces quelques exemples montrent combien il est difficile de parler des relations entre frères et sœurs dans la Bible ou dans le monde antique sans introduire de nombreuses qualifications. Il me semble donc opportun, plutôt que d’évoquer quelque idée abstraite, de reprendre deux récits plus significatifs pour en dégager les lignes de force. Je pense à la tragédie grecque d’Antigone et à l’histoire biblique de Joseph, deux figures qui ont marqué l’imaginaire co...
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