Fray Luis de León, de l’ordre des augustins, est un des plus grands écrivains et poètes du Siècle d’Or espagnol. Occulté par Thérèse d’Avila (dont il fut proche) et par Jean de la Croix (dont il fut le professeur), il a consacré toute sa vie à l’enseignement de la théologie et surtout de l’Écriture Sainte à Salamanque. Il est d’ailleurs connu pour sa traduction du Cantique des Cantiques (qui lui vaudra d’être emprisonné quatre ans) et celle du Livre de Job, dont il a renouvelé la lecture grâce à son recours systématique au texte hébreu (il était d’origine juive).

 
 
 
Des noms du Christ est l’œuvre ultime – et maîtresse – de Luis de León, maintes fois rééditée et dont on peut lire une traduction française par Robert Ricard (Études augustiniennes, 1978). Sous forme de dialogue d’un maître à un élève à la manière d’Érasme, il y réunit tous ses talents de traducteur, d’interprète et de poète qui semble chercher avec nous ses mots, ses phrases, ses images pour nous faire entrer en relation avec le Christ ­– centre de gravité de l’univers, selon lui, raison d’être du monde et forme de son être, pour qui furent créées toutes les beautés, qui en retour vivent de sa beauté et de sa lumière.
Ce livre monumental passe en revue ces noms du Christ : Rejeton, Visage de Dieu, Chemin, Berger, Montagne, Père des Temps à venir, Bras de Dieu, Roi de Dieu, Principe de Paix, Époux, puis en conclusion : Fils de Dieu, Agneau, Bien-Aimé, Jésus. C’est le nom d’Agneau qui lui a donné le plus de mal et auquel il a dû consacrer ses dernières forces. Nous en proposons ici le début, consacré à la douceur.
Marcelo : Le nom d’Agneau, dont je dois parler, est un nom si notoire du Christ qu’il est inutile de le démontrer. N’entend-on pas chaque jour à la messe ce que l’Évangile rapporte des paroles de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu, qui porte sur lui les péchés du monde » [Jn 1,29] ?
Mais si cela est facilement et clairement démontrable, ce n’est pas le cas de ce que renferme toute l’intelligence de ce nom secret et mystérieux mais très digne de lumière. Car Agneau, appliqué au Christ, dit trois choses : douceur de caractère, pureté et innocence de vie, esprit de sacrifice et d’offrande, comme saint Pierre les avait presque réunies en parlant du Christ : « Lui qui n’a pas commis de péché, et il ne s’est trouvé aucune tromperie dans sa bouche ; lui qui, maudit, ne maudissait pas et qui, souffrant, ne menaçait pas mais se livrait plutôt à celui qui le jugeait injustement ; lui qui porta sur lui nos péchés jusqu’à la croix » [1 P 2,22-24]. Choses qui en contiennent elles-mêmes beaucoup d’autres et où le Christ s’est distingué et a été vainqueur de merveilleuse manière. […]
 Douceur de caractère
En ce qui concerne donc la première chose, Agneau veut dire douceur. Cela nous saute aux yeux dès que l’on en...
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