Le palais de l'esprit », « les yeux du cœur », « les veines de l'âme » C'est vrai que le langage des mystiques exerce un étrange et mystérieux pouvoir de fascination Tellement profond et tellement quotidien à la fois À la fois tellement lointain et tellement proche Sauriez-vous expliquer pourquoi le cœur a des yeux, pourquoi l'âme a des veines ou pourquoi l'esprit a son propre palais 1 ? Surtout, ne vous cassez pas la tête Ce sont des métaphores Des métaphores conceptuelles Comme il en va toujours avec ce genre d'expressions, puisque l'âme c'est le corps et qu'en tant que telle elle peut avoir des yeux, des oreilles, des veines, un palais Tout comme les choses, il semble que les réalités spirituelles ne soient compréhensibles qu'à partir des réalités physiques Or de concepts abstraits tels que Yamour ou la venté, nous ne pouvons parler qu'à l'aide de métaphores De fait, une petite poignée de réalités physiques telles que l'espace, le corps et le mouvement sont capables de décrire presque tout ce qui arrive dans le monde de l'esprit. Jean de la Croix l'a dit avec bonheur : « [Dieu] est sur le ciel et parle en voie d'éternité ; nous autres, aveugles, sur la terre, n'entendons que les voies de la chair et du temps » 2. Voici la clé. Car ces voies de chair et de temps sont celles qui nous permettent de donner un tour expressif aux autres voies, celles de l'esprit et de l'âme.
Dans les pages qui suivent, nous pénétrerons dans la fabuleuse complexité de l'expérience mystique. Et nous le ferons à travers une des images les plus simples et quotidiennes, celle du voyage. Car la mystique est un voyage, le mystique un voyageur, les attachements (ou appétits) des obstacles au voyage, les nuits des lieux de passage, la foi un guide, l'amour une force, et l'union le but... Tout est métaphore.

L'expérience mystique est un voyage


Aider ceux qui, « commençant le chemin de la vertu (...), ne passent pas outre » : voici l'une des raisons pour lesquelles Jean de la Croix a écrit la Montée. C'est que pour lui l'expérience mystique est un voyage, et qui a comme tel un commencement. Pour en atteindre le but, nous avons besoin de nous déplacer : « Je prends un exemple : celui qui veut arriver à une ville. Nécessairement il doit aller par le chemin, qui est le moyen qui mène et unit avec la ville même » 3. Il en va de même dans l'expérience mystique où, comme dans notre vie quotidienne, toute action implique un mouvement. Jean de la Croix parle d'une sortie spirituelle, de sortir des choses et de sortir de soi-même — et tout cela pour l'amour de Dieu. Or si l'âme « sort d'elle-même par oubli de soi », c'est pour aller chercher le Bien-Aimé. Notre force pour mener à bien ce détachement provient de l'amour, réalité qui enveloppe tout dans l'expérience mystique. C'est ce même amour qui est au sein des choses, en chaque personne, en chaque action humaine, avec une incroyable bienveillance. Quelque chose d'aussi réel que l'air qui...
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