À vingt ans, j’ai eu la chance d’avoir eu à faire des choix dans mes études : choix entre plusieurs écoles après la réussite aux concours, puis choix de la discipline une fois entrée à l’École Nationale Supérieure (ENS). Je ne connaissais pas encore les règles du discernement de saint Ignace, mais j’ai expérimenté de manière forte que le discernement se faisait entre deux choses bonnes. Comment choisir entre Polytechnique ou l’ENS, entre les ma­thématiques, la physique ou la chimie ? Je reste persuadée aujourd’hui que j’aurais été aussi très heureuse après un choix différent posé à cette époque.
 

Discernements


Après avoir soutenu une thèse à caractère fondamental à l’ENS, je suis allée travailler dans le centre de re­cherches d’une industrie française et j’y ai découvert une autre manière de faire de la recherche. Après cinq ans, j’ai quitté la région parisienne pour Grenoble en revenant à la recherche universitaire. Je suis aujourd’hui en­seignant-chercheur en chimie-physique dans une école d’ingénieurs. Ce choix, porté et mûri pendant plusieurs mois, allait encore m’apprendre par l’expé­rience quelques caractéristiques du discernement que je n’avais pas bien anticipées.
Je « savais » bien que choisir, dire « oui » à quelque chose, voulait dire renoncer, dire « non » à une autre, et, de façon générale, j’ai vécu cela paisi­blement. Mais je n’avais pas prévu un domaine où ce travail de deuil fut plus difficile, celui de ma thématique de re­cherche. Ainsi, je n’avais eu aucun mal à quitter la région parisienne, mais j’en avais eu beaucoup à abandonner la re­cherche sur les verres électrochromes. Il se trouve que j’avais été recrutée sur un poste sans profil de recherche précis : ce fut tout à la fois une chance et une difficulté. Durant ces premiers mois à Grenoble, alors que tout ne se pas­sait pas comme je l’avais imaginé, qu’il était compliqué de trouver ma place au laboratoire, que les contacts avec les collègues n’étaient pas toujours faciles, le temps durant lequel j’avais mûri mon discernement, et notamment le temps pris pour « recevoir » ce choix, a été particulièrement porteur. Ce choix était de fait bien enraciné, et les bourrasques du début ne l’ont pas bousculé avant qu’il ait eu le temps d’être expérimenté.
 

Temps et gratuité


Aujourd’hui, après un peu plus de dix ans à Grenoble, ma relecture de cette double expérience de la recherche en milieu industriel et en milieu uni­versitaire fait ressortir deux points contrastés.
Dans mon activité de chercheur, c’est la plus grande différence entre mon ex­périence en milieu industriel et celle en milieu académique. Dans l’industrie – en tout cas dans l’équipe où je travaillais à l’élaboration d’un projet qui n’était pas encore au stade de la production –, l’échelle de temps de la recherche, celle où peuvent changer les priorités, est de l’ordre du mois. Dans une perspective de reche...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.