Entre « louer et servir », le deuxième verbe du « Principe et fondement » qualifiant la relation de l’homme à Dieu notre Seigneur est « respecter » : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et ainsi sauver son âme » (Exercices spirituels, 23)


Fondement théologal du respect dû à Dieu


L’homme est créé pour mais il n’est pas dit par qui. L’auteur de la Création est passé sous silence. Il ne sera nommé que plus tard dans le corps du texte des Exercices spirituels, mais alors fréquemment et sous la forme : « notre Créateur et Seigneur » [1]. L’expression qui prévaut dans le « Principe et fondement » est « Dieu notre Seigneur » : c’est lui que l’homme créé est appelé à louer, respecter et servir. On passe ainsi d’une affirmation générale à la troisième personne, « l’homme est créé », à une expression qui introduit entre Dieu et l’homme une note de relation personnelle grâce à un pronom à la deuxième personne du pluriel : « notre Seigneur ». Un « nous » qui, en même temps, inaugure une communauté de relation entre Ignace, le rédacteur du « Principe et fondement », et nous qui en sommes les destinataires : nous avons le même Dieu et Seigneur. L’expression « Dieu notre Seigneur » personnalise donc une relation qui autrement resterait abstraite et un peu impersonnelle. Le choix du possessif « notre Seigneur » n’est pas anodin, il est au contraire significatif de la conception que se fait Ignace de la relation entre l’homme et (son) Dieu. Il corrige ce que le concept de Création pourrait connoter de distance et de radicale distance entre celui qui crée et celui qui est créé. Or, en contexte chrétien, il nous faut confesser que « Dieu notre Seigneur » n’est pas seulement respectable parce qu’il est « notre Créateur et Seigneur », infiniment grand et toutpuissant, mais d’abord parce qu’il est infiniment bon pour toutes ses créatures, à commencer par les « hommes qu’il aime » [2]. Il a fait l’homme à son image et à sa ressemblance, et s’est fait proche de lui au point de renoncer à son altérité absolue dans le mystère de l’Incarnation de son Fils. Si le Créateur n’avait pas supprimé la distance radicale qui, par essence, le sépare de l’homme, il ne pourrait y avoir de communication entre l’homme et (son) Dieu. L’homme ne pourrait rester qu’interdit devant le mystère de son existence. Désormais, l’homme pourra « parler à Dieu comme un ami parle à son ami ou un serviteur à son maître » [3]. Nous n’oublions pas que, du temps d’Ignace, le serviteur n’était pas un « esclave », mais un familier de la maison.
 

Un « air de famille »


Hors la décis...
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