Cinq poèmes urbains

Bruits de pas, vitrine, carafe, banc et miroir

Claude TUDURI

Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) - Imagination - Spiritualité ignatienne

Le pas Rien que la résistance d’un pas dans la nuit de l’hiver et la nuit n’est déjà plus la nuit. C’est comme s’il avait neigé, mais ce manteau de blancheur qui l’a enveloppé est seulement une soif conquise à l’improviste au coeur de l’insomnie. Dehors, dans la rue, les vitrines des boutiques continuent de se surveiller à l’envi, mais le linceul de la nuit laisse monter une lumière de désert plus imprenable que les miradors de la ville. Un homme marche : il est seul, la plaine est immense et la route noire et salée. Le ciel s’est rétréci, devenu à peine une vieille auréole amassée autour d’un petit coin de lune, mais le passant le voit et l’accueille comme la rose blanche de la nuit. Il marche contre le vent pour oublier sa migraine et ses soucis, mais avec son haleine, flottant au-dessus de l’ombre et de l’asphalte, il trace bon gré mal gré l’espoir d’une liaison entre l’appel du jour et la nuit des faubourgs. Rien ne peut effrayer le pas du marcheur quand son coeur se réchauffe du pas unanime qu’il entend dans la nuit. Il le précède depuis les siècles des siècles et ne lui appartient...

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